Abdoullah -ibnou Mas’oud- (radhia Allâhou anhou)  dit (qu’une fois), le prophète (sallallâhou 'alayhi wa sallam) m'a dit:

"Récite-moi du Coran".

Il répondit : "O Prophète d'Allah, comment te réciterai-je le Qour’aan, alors que c'est sur  toi qu'il fut révélé?".

"Je désire l'entendre d'un autre que moi", reprit le Prophète (sallallâhou 'alayhi wa sallam).

Abdoullah (radhia Allâhou anhou) continue en disant : « Je me mis alors à réciter la sourate An-Nissa. Arrivé à ce verset:

« Comment seront-ils (ceux qui auront mécru) quand Nous ferons venir de chaque communauté un témoin (qui témoignera contre elle, et ce témoin sera le prophète de la communauté) que Nous te (Muhammad) ferons venir comme témoin contre ces gens-ci? », il me dit : « Arrête-toi ».

Je levai ma tête et (je vis) les larmes du Prophète (sallallâhou 'alayhi wa sallam) coulèrent. (Cité par Boukhâri dans son Sahih)

 

Voyons ensemble quelques points qu’on peut retirer de ce hadith :

 

  • Il est conseillé d’écouter le Qour’aan et de prêter l’oreille et de pleurer lors de la récitation. Plusieurs autres hadiths en attestent les vertus.

D’après Anas (radhia Allâhou anhou), le prophète (sallallâhou 'alayhi wa sallam) a dit : « Celui qui écoute attentivement un verset du livre d’Allah, il sera inscrit pour lui une récompense qui est augmentée… ». (Cité par Abdoul Razzâq dans son Mousnad, hadith Sahih)

 

Dans un autre hadith rapporté par Ibnou ‘Abbâs (radhia Allâhou anhou), le prophète (sallallâhou 'alayhi wa sallam) dit :« Celui qui écoute attentivement un verset du livre d’Allah, il aura une lumière le jour du jugement ». (Cité par Abdoul Razzâq dans son Mousnad, hadith Sahih)

 

 

  • Il est sounnah de demander à une tiers personne de réciter le Qour’aan pour soi.

En effet, Ibnou Battâl (rahimahoullah) explique qu’il est fort possible d’avoir une meilleure compréhension des versets coraniques lorsqu’on écoute le Qour’aan d’une tiers personne que de le réciter soi-même car dans le deuxième cas, l’esprit est tourné d’avantage à chercher la perfection dans la récitation, et il y a une certaine négligence dans la compréhension.(Fadhâ-ilou souwaril Qour’aanil Karîm pg.85)   

 

Je pense utile de reproduire ici un passage du livre de mon professeur de Quirâ-âte, Qâri Mouhammad Siddîq falahi (hafidhahoullah). Décrivant la nécessité de lire le Qour’aan avec Tadjwîd dans la salah, il écrit que chaque faute de tadjwîd dans la salah amène un défaut (manque) dans celle-ci.

Plus loin, il cite la parole de certains personnages : «Lorsque les personnes se concentrent sur les « makhâridj » et les « sifaates » durant la récitation dans la salah, il ne reste plus alors de concentration et dévotion ».

Qâri Siddîq répond ensuite par ce qui suit : 

« Tout d’abord, la concentration sur les « makhâridj » s’impose à celui qui commence à lire le Qour’aan avec tadjwîd, car cette perfection est généralement atteinte après s’être beaucoup exercé; ainsi, sans forcer, la prononciation des lettres avec leurs « makhâridj » et leurs « sifaates » se fait tout naturellement ».

 Qâri Siddîq continue : « Pour ceux qui ont besoin de se concentrer sur les « makhâridj », Mawlâna Thanwi (rahimahoullah) dit à leur sujet que la concentration sur les « makhâridj » et leurs  « sifaates » n’est pas contraire à la concentration et dévotion car se concentrer sur ces choses dans la salah, c’est bien se concentrer sur la correction de la salah, qui elle est ordonnée (par Allah) ». (Voir Fathoul Rahmân fi charhi khoulâsatil bayân, pg.37)

 

  • Il est conseillé de pleurer lors de la récitation du Qour’aan.

Imâm Nawawi (rahimahoullah) dit que pleurer lors de la récitation du Qour’aan est une qualité de « ceux qui ont reconnu Allah » et un symbole des pieuses personnes.

Allah fait les éloges de ce genre de personnes dans le Qour’aan :

«Ceux à qui la connaissance a été donnée avant cela, lorsqu’on le leur récite (le Qour’aan), tombent, prosternés, le menton contre terre et disent : « Gloire à notre Seigneur !
La promesse de notre Seigneur est assuremment accomplie ».

(sourah 17, versets 107/109)

 

Allah dit aussi :

« Quand les versets du Tout Miséricordieux leur étaient récités,
ils tombaient prosternaient en pleurant
 ».

 (sourah 19, verset 58)

 

(voir Fathoul Bâri vol.9, pg.119)

 

 

Si on ne peut pleurer, il faut essayer de pleurer.

En effet, le prophète (sallallâhou 'alayhi wa sallam) a dit : « En vérité, ce Qour’aan fût révélé avec chagrin ; lorsque vous le lisez, pleurez-donc ; et si vous n’arrivez pas à pleurer, faites semblant de pleurer… »(Cité par Ibnou Mâdja dans son Sounan, hadith) 

 

Imâm Ghazâli (rahimahoullah) explique : « Il est nécessaire d’amener dans le cœur le chagrin et la crainte en réfléchissant sur les versets du Qour’aan qui parlent de la punition et des promesses, ensuite regarder sa faiblesse par rapport à eux. Si on ne peut amener le chagrin dans le cœur, qu’on pleure alors sur cette incapacité car c’est un des plus grands malheurs qui puissent nous toucher ».   (Fathoul Bâri vol.9, pg.119)

 

Ibnou ‘Abbâs (radhia Allâhou anhou) dit que si le cœur de l’un de vous ne peut pleurer, que son cœur alors pleure.  (Fadhâ-ilou souwaril Qour’aanil Karîm pg.85)

 

¨      Concernant les pleurs du prophète (sallallâhou 'alayhi wa sallam) arrivé à ce verset en particulier (Comment seront-ils quand Nous ferons venir de chaque communauté un témoin et que Nous te (Muhammad) ferons venir comme témoin contre ces gens-ci?), les oulama ont donné plusieurs explications. Ci-dessous sont reproduites deux d’entre elles :

 

  1. Il est dit que le prophète (sallallâhou 'alayhi wa sallam) pleura car il illustra sa personne dans cette étape difficile le jour du jugement lorsqu’il sera appelé pour témoigner à propos de sa communauté et lorsqu’il sera sollicité pour intercéder en faveur de certaines personnes. (Fadhâ-ilou souwaril Qour’aanil Karîm pg.85)   

 

  1. Ibnou Hadjar (rahimahoullah) donne préférence à l’explication suivante : Il pleura par compassion pour sa communauté car il sût qu’il devait témoigner contre eux concernant leurs actions et certaines d’entre elles ne seraient pas bonnes, ce qui leur pousserait vers la punition. (Fathoul Bâri vol.9, pg.120)

 

On peut parler aussi des pleurs des compagnons (radhi yallâhou 'anhoum) tels Abou Bakr. Sa récitation du Qour’aan sous la véranda de sa maison la nuit était tellement émouvante, remplie de chagrin, qu’elle faisait pleurer les femmes et les enfants non-musulmans à Makkah !

 

Oumar (radhi yallâhou 'anhou), lui était connu pour ses pleurs dans la salah, à tel point que Abdoullah ibnou Chaddâd ibnil Hâdi (radhi yallâhou 'anhou) dit qu’il a entendu les pleurs de Oumar (radhi yallâhou 'anhou) dans la salah (Oumar était imâm) alors qu’il était dans la dernière rangée à la masdjid. (Cité par Abdoul Razzâq dans son Mousnad)

 

Il est rapporté qu’une fois, Oumar (radhia Allâhou anhou) passa près de la maison d’une personne qui récitait la sourah « at-Toûr » dans la salah.  Lorsqu’elle arriva au verset suivant «Le chatiment de ton Seigneur aura lieu inévitablement » (verset 7), Oumar descendit de sa monture et s’appuya au mur pendant un long moment. Lorsqu’il retourna chez lui, il resta un mois malade. Les gens venaient le rendre visite mais ne comprenaient pas les causes de sa maladie. (Voir Fadhâ-ilou houffâdhil Qour’aan, pg.664)

 

Quand à son fils Abdoullah (radhi yallâhou 'anhou), plusieurs narrations parlent de ces pleurs lors de la récitation de différents versets du Qour’aan. Il est rapporté que sa barbe était mouillée par ses larmes. Parfois, il ne pouvait plus continuer sa récitation. (Cités par Abou Nou’aym et Ibnou Sa’d ; voir Hayâtous sahâbah vol.2, pg.836, édition indienne)

 

Citons aussi les nom de Tamîm ad-Dâriy (radhia Allâhou anhou) qui passa une fois la nuit entière debout dans la salah près du maqâm Ibrâhim, ne cessant de répéter un verset du Qour’aan et pleurer jusqu’au matin.


Lors du passage de Sheykh Qâri Abdoul Rahmân Sa'douddine à Saint-Pierre, J'ai eu l'occasion de faire un rappel en ce sens. Je souhaite le partager avec vous au lien suivant :

Télécharger le rappel sur la méditation à l'écoute des versets du Qour'aan .mp3